A la recherche d’un nouvel Éden . Par Nathalie becker ,  maître en Histoire de l’Art et Archéologie

Après plusieurs années d’absence dans le paysage artistique luxembourgeois, François Felten est de retour dans cette exposition aux allures de rétrospective. Le peintre, travaillant directement en pleine pâte est un peu chamane, un peu démiurge et fait jaillir des profondeurs de la matière picturale des créatures archaïques. Elles sont tantôt lascives, alanguies, repues de couleurs, tantôt peu accortes.  Leur anatomie et les contours de leur silhouette se dissolvent sous l’action de la touche.

S’abîmer dans les toiles de François Felten offre l’opportunité d’un contact avec un univers fabuleux, onirique rehaussé d’une fougue coloriste et expressionniste ébouriffante. Le peintre laisse libre cours à son inspiration qu’il se reçoit telle une manne et se fait le grand ordonnateur de cette symphonie chromatique et de cette chorégraphie du pinceau. Son acte pictural inné et sincère entraîne le spectateur au-delà de la réalité, dans un monde édénique régi par la puissance tutélaire de la couleur.

Les compositions de François Felten ont une vie autonome, se nourrissent du tréfonds de l’artiste, de son imaginaire flamboyant, de la fougue de son geste et de sa hardiesse également. Expressionniste, l’artiste fait de la toile, un exutoire où son amour de la vie, sa foi, son espérance en l’homme se déclinent en des coulées de tons sauvages.

C’est un nouvel Éden, un véritable âge d’or qui prend forme sur le champ pictural. Le peintre nous convie également à entrer dans la ronde, à participer à cette sarabande quasi païenne, panthéiste et dionysiaque, magnifiée par la prodigalité de la couleur et la puissance du geste. Ce, afin de dépasser les notions, jusqu’alors antagonistes, d’abstraction et de figuration.

En effet, la production de François Felten est à la lisière. Elle est un hospitalier «No man’s land» entre l’expressionnisme, l’abstraction lyrique et les allusions figuratives. Pourquoi s’imposer des frontières stylistiques lorsque l’on désire avant tout toucher du doigt l’universalité, la tutoyer dans sa langue maternelle qu’est la verve coloriste et surtout faire de la création une exultation jubilatoire, énergétique et énergisante du bonheur de croire?

 

Nathalie Becker , janvier 2020